Ce blog, et sa nécessité procèdent d’un constat, celui d’un certain nombre d’entre vous, qui nous connaissent, que nous avons l’occasion et le plaisir de rencontrer, avec qui nous avons l’honneur de collaborer, souvent très étroitement :

vous ne communiquez pas, on n’entend pas parler de vous, alors-même que nous savons que vous travaillez, que vous veillez sur les perspectives d’évolution de notre métier, que des réalisations importantes sont en cours et même en phase d’achèvement.

Ce blog aura sans doute un fil conducteur, presque un slogan : « l’histoire continue », histoire et histoires que nous déclinerons suivant plusieurs volets.
Ce blog est celui d’Anaphore. Anaphore est une aventure en petite partie personnelle et en grande partie collective. Les propos qui y seront tenus ne seront pas seulement les miens. Ici, toutefois, c’est d’abord le je qui va s’exprimer.

J’ai commencé à travailler dans les archives en 1979 et, jusqu’en 1990, dans un service d’archives départementales. En 1990-1991 a commencé l’aventure Arkhéïa ; puis, en 1993, l’aventure Anaphore.
1993, déjà un peu plus de 20 ans. La plupart de mes interlocuteurs de l’époque avaient entre 30 et 60 ans. Les mêmes, aujourd’hui ont donc entre 50 et 80 ans. Alors que les trentenaires d’aujourd’hui avaient 10 ans alors. Ce constat rejoint, d’une certaine façon, celui, pertinent et élégant, d’un confrère qui, à la question « Avez-vous des concurrents ? », répondait : « Sur le secteur des archives publiques nous faisons face à des acteurs plutôt vieillissants. ». Lui-même est sans doute trop jeune pour avoir écouté Georges Brassens chanter Le temps ne fait rien à l’affaire.

On a trop tendance, à l’époque de l’immédiat, à se comporter comme si l’histoire se terminait aujourd’hui. Je prendrai deux exemples rencontrés.

Dans les années 1990, quelques archivistes modernes affirmaient qu’il fallait savoir s’adapter et adapter ses pratiques, son métier, aux nouvelles technologies. Celles-ci étaient alors représentées par les logiciels documentaires. Il fallait renoncer à nos instruments de recherche au bénéfice des bases de données documentaires. Comme si l’évolution des technologies d’accès à l’information allait s’arrêter tout à coup, si on atteignait là le terme d’une histoire (il est vrai que, dans les années 1990, les thèses de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire connurent un grand succès).

La fin de cette période nous semble avoir été sifflée par la publication, en 1999, de l’ouvrage de Christine Nougaret et Bruno Galland, Les instruments de recherche dans les archives (La Documentation française).
Les années 2000 ont donc été celles du grand retour aux instruments de recherche, avec, en particulier, l’adoption de la norme de description archivistique ISAD(G), des formats standard s’appuyant sur le langage XML, d’outils informatiques pour produire de tels instruments de recherche et d’outils spécifiques au métier des archives pour mettre en ligne et interroger ces instruments de recherche. Les Archives de France, les Archives nationales et Anaphore ont joué un rôle très important dans la promotion de ces norme et format standard et Anaphore a eu un rôle de pionnier défricheur pour les outils de production et de restitution. Mais, il ne s’agit pas ici, de faire dans la nostalgie car, là encore, l’histoire continue.

Elle continue, et pourtant !

Anaphore a d’abord provoqué une sorte de révolte d’une bonne partie de ses utilisateurs en voulant « imposer » l’adoption de normes et d’instruments de recherche électroniques. Sans doute, y a-t-il eu, de notre part, des excès, un peu trop d’enthousiasme, mais l’intuition de la voie à suivre a été amplement confirmée par la suite.

En avançant dans les années 2000, les normes et formats standard se sont finalement imposés. Peut-être trop, en tout cas de manière trop formelle. Ils sont devenus pour les uns presque un dogme, pour d’autres, un argument commercial. Avec la tentation, là aussi, de figer des évolutions, encore une fois d’arrêter l’histoire !

Parmi les très nombreux arguments en faveur des formats standard (pérennité, universalité : arguments que l’on doit aujourd’hui nuancer) il en était un d’essentiel : pouvoir attacher moins d’importance qu’on ne le faisait précédemment (par exemple avec les traitements de texte) à la forme (la présentation, destinée à la lecture humaine) et plus aux contenus. Mais, pour certains, on est retombé dans un autre formalisme, syntaxique celui-là, et donc même plus destiné à la lecture humaine. Il n’est malheureusement pas du  tout exagéré d’écrire que l’on arrive à privilégier l’emploi ou le non-emploi de tel attribut à la lisibilité, à la compréhensibilité, de l’instrument de recherche.

L’histoire continue : comme les technologies, comme les outils, les formats évoluent, et même les normes. Il est très intéressant, à cet égard, de regarder ce qu’on fait nos « cousins » bibliothécaires.

Pour résumer, très schématiquement,

  • Les années 1990 ont été celles de la large diffusion de l’outil informatique dans les services d’archives. Les formats informatiques étaient alors propriétaires.
  • Les années 2000, dans le contexte du formidable développement du Web des documents, ont vu la mise en œuvre de normes, le remplacement des formats locaux propriétaires par des formats internationaux métier, la diffusion plus large d’outils de restitution spécifiques au métier des archives et, pour certains, l’affinement de leurs méthodes de travail.
  • Les années 2010 sont celles du développement du Web des données, du travail sur des modèles conceptuels, du remplacement des formats métier par des formats universels, d’un nouvel affinement des méthodes et du renouvellement des outils de mise en ligne.

Ces changements d’outils et, même, au-delà, de paradigme, ont en effet de quoi donner le tournis. Pourtant, des fondamentaux, essentiels, demeurent : les objectifs de l’archiviste, ses rôles, son travail de fond, les méthodes de description. Simplement, il faut savoir distinguer les fondamentaux à conserver des outils (au sens large) qui se renouvellent. Et, il est essentiel de ne pas se rendre prisonnier des modes, des outils de l’année, des formats de la décennie car, alors, les déconvenues sont assurées à terme.

On peut décider de s’arrêter au bord de la route.
On peut décider de se jeter dans le fleuve et de se laisser emporter par les tourbillons des évolutions technologiques.

Anaphore navigue sur ce fleuve en tenant le cap qui conduit vers les réalisations de demain. Car nous n’avons pas oublié que l’archiviste est d’abord un passeur entre hier et demain. Et, le rôle de l’éditeur de logiciel (et plus) est de l’accompagner dans cette voie, de lui éviter les embranchements sans issue pour mener à bien sa noble mission. Son rôle est également de prendre en charge, le plus largement possible, les aspects liés à la technique et aux formats (contrairement à ce qui a eu tendance à se faire à l’arrivée du format XML-EAD) pour que l’archiviste puisse se consacrer aux fondamentaux de son métier.

Ce blog présentera donc les réalisations d’Anaphore, mais aussi ses projets, les résultats de sa veille et de ses réflexions. Il est, bien sûr, également ouvert à vos contributions.

 

Louis Colombani

Janvier 2014

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